Article paru dans Nice Matin

Un jardin (presque) sans eau, c’est possible !

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Vincent Ananian, jardinier installe des goutte-à-goutte dans les jardins des particuliers, comme ici dans une villa de Villefranche. (Photo Cyril Dodergny)

Economiser l’eau, voilà un engagement concret et essentiel pour le bien-être de notre planète. En ces temps de réchauffement climatique et de sécheresse chronique, le concept de développement durable devient à la mode et nos habitudes commencent à changer. On connaissait déjà les gestes à effectuer pour restreindre sa consommation d’eau dans la salle de bain ou la cuisine. On en savait moins en ce qui concerne notre jardin.

Pourtant, il existe des méthodes pour faire baisser votre facture d’eau et, par là même, préserver l’environnement. Adapter les plantes au climat, Première étape : le choix des plantes. « Pas question de vouloir un rhododendron sur une terrasse en plein soleil. » Ludovic Fro est architecte paysagiste à Mougins et il travaille actuellement sur plusieurs projets de « jardins secs » (lire ci-dessous). « J’ai commencé à avoir des demandes seulement cette année. Avant, on ne proposait même pas cette option à nos clients. Les gens voulaient tous du gazon. » Le gazon justement, rien de pire pour la consommation d’eau. « A cela, il vaut mieux préférer les mauvaises herbes que l’on tond de temps en temps pour faire un effet prairie », conseille Vincent ANANIAN de la société Aménagement Concept Paysage Méditerranéen.

A savoir : un jardin sec n’a rien à envier à un jardin traditionnel. On peut très bien imaginer un espace mexicain accolé à un décor méditerranéen ou de style maquis. Il suffit de trouver une harmonie et le tour est joué.

Vous pouvez également intégrer des minéraux dans votre enclos. Des roches pour encadrer les plantes, des galets pour dessiner un sentier… A vous de faire travailler votre imagination tout en essayant d’intégrer des plantes dont l’appétit en eau est minime (voir encadré). Sans oublier que « plus la plante est du climat où l’on vit, moins elle aura besoin d’eau », comme le dit Aurélie Varitto. Cette jeune femme est technicienne au service des jardins de Menton. Municipalité qui, justement, fait des efforts pour économiser l’eau sans sacrifier à la beauté de ses jardins.

L’arrosage réglé par ordinateurLe système d’arrosage dépend désormais directement d’un ordinateur. Les techniciens se renseignent régulièrement auprès de la station météo de la villa Maria Serena pour connaître l’évapotranspiration de la terre. Celle-ci dépend des conditions climatiques de la région et l’arrosage sera automatiquement réglé en fonction des besoins du terrain. Un système qui permet de faire 35 % d’économie d’eau par rapport à un arrosage normal. Il peut aussi être mis en place chez les particuliers. La mairie est également en train de restructurer le massif floral de la cité du citron. Les plantes annuelles et bisannuelles sont progressivement remplacées par des « vivaces », des végétaux éternels et autonomes qui demandent moins d’eau.

Pour votre espace vert, les professionnels vous conseillent tout ce qui est succulents et cactées car ils possèdent des feuilles très épaisses permettant de mieux conserver l’eau. Certaines plantes à bulbes ainsi que celles du maquis sont tout autant recommandées. Et la Terre vous dira merci. (m.v)

Un jardin sec ? La réussite assurée !

ludovic_fro_chantal_terrieux« Nous avions créé un jardin sec il y a 10 ans. C’était le seul. Le client l’avait voulu par respect pour la nature et aussi car cela demande très peu d’entretien. Aujourd’hui, ça devient à la mode et ce n’est pas plus mal car les jardins traditionnels apportent beaucoup de pollution par les engrais et les pesticides. Avec un jardin sec, on peut couper complètement l’eau au bout d’un ou deux ans. Et en plus, c’est la réussite assurée ! ».

Ci-contre : Ludovic Fro & Chantal Terrieux, architectes paysagistes. Photo : Melody Vissio

Conseils pour faire des économies

  • Arroser à la tombée du jour. Au soleil, 60 % de l’eau s’évapore avant d’avoir été absorbée par les plantes.
  • Éviter de planter en été. Les végétaux, même les plus résistants à la sécheresse, ont toujours besoin d’eau à la plantation, le temps de s’enraciner. L’automne est la période idéale.
  • Récupérer l’eau de pluie à partir des gouttières de votre maison.
  • Utiliser un goutte-à-goutte pour mieux contrôler votre consommation d’eau et limiter la pousse des mauvaises herbes. Cet outil permet de cibler les plantes et de ne pas arroser inutilement. Relié à un système informatique et à un pluviomètre, vous pourrez le régler pour un arrosage optimal en fonction des conditions climatiques.
  • Protéger votre jardin du vent, avec des haies par exemple, car il assèche la terre.
  • Ne pas submerger votre jardin si vous prévoyez de vous absenter. La terre ne pouvant pas retenir l’eau pendant une longue période.
  • Si vous persistez à vouloir du gazon, laissez-le pousser d’au moins 6 cm. Il retiendra mieux l’humidité.
  • Pour limiter l’évaporation de l’eau, aérez la terre – un bon binage vaut deux arrosages comme le dit le dicton – et recouvrez le sol d’un paillage, qui peut consister en une toile tissée, des écorces de pin ou des copeaux.
  • Et bien sûr, choisissez les bons végétaux.

Les plantes supportant la sécheresse

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De gauche à droite et de haut en bas, voici six végétaux adaptés à la sécheresse : le ficoïdes, la lavande, une autre variété de ficoïdes, les santolines et les agaves maritimes et la rosa chimensis mutabilis.
(Photo Olivier Poisson)

Voici la liste des végétaux ne nécessitant que peu d’eau :

  • Arbres et arbustes : Acacia, Acer (érable), Arbutus (arbousier), Amandier, Buddleja (arbuste aux papillons), Capparis (câprier), Céanothes, Celtis (micocoulier), Ceratonia (caroubier), Cistus (cistes), Coronille, Cotinus (arbre à perruque), Cytisus (genêts), Echium fastuosum, Eucalyptus, Ficus (figuier), Jasmin, Lavande, Leonotus leonorus, Magnolia (laurier-tulipier), Myrte, Nerium (laurier rose), Olivier, Pittosporum, Polygala, Punica (grenadier), Romarin, Teucrium.
  • Plantes grimpantes : Bougainvillea, Campsis, Passiflora, Plumbago du cap, Rosa Sénateur Lafolette, Rosa Mermaid.
  • Vivaces et annuelles : Acanthe, Agapanthe, Artemisia (armoise), Convolvulus, Gaura, Geranium, Iris, Linum, Origanum, Osteospermum (marguerite), Phlomis, Rosa chinensis mutabilis, Rosa Iceberg, Sauge officinale, Santoline, Strelitzia (l’oiseau de paradis), Thym, Valériane, Westringia.
  • Bulbes : Anémone, Cyclamen, Galtonia et Hyacinthus (jacinthes).
  • Succulentes : Agave, Aloe, Crassula, Echeveria, Fero-cactus, Opuntia (figuier de Barbarie), Yucca, plantes grasses et tous les cactées.
  • Conifères : Cedrus (cèdre de l’Himalaya), Cupressus (cyprès de l’Arizona), Juniperus (genévrier), Pin d’Alep, Pin parasol.
  • Palmiers et cycas : Brahea, Butta, Chamaerops humilis, Phoenix (dattier des Canaries). plantes_supportant_secheresse

La liste noire

Choisir des végétaux indigènes, c’est faire coup double pour l’environnement. Outre les économies d’eau, les plantes méditerranéennes, parfaitement adaptées, n’ont pas – ou presque pas – besoin d’être « boostées ». Au revoir engrais et traitement chimique… Et pour ne pas mettre en danger la biodiversité mais aussi la santé ou la sécurité de tous (certaines sont allergisantes, d’autres favorisent les incendies), voici la liste des plantes à bannir de votre jardin.

Même si certaines agrémentent depuis toujours notre environnement, elles sont considérées comme envahissantes dans notre région : Mimosa d’hiver, faux-vernis du Japon, ambroisie à feuilles d’armoise, faux-indigo, séneçon en arbre et séneçon du Cap, arbre aux papillons, griffe de sorcière, herbe de la pampa, lippia, jussies, figuiers de Barbarie, renouée du Japon et renouée de sakhaline, robinier faux-acacia.

Côte d’Azur – Environnement – www.nicematin.com – vendredi 17 aout 2007 – page 6

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